Orphelin

 Orphelin. Un mot qui semble tellement ancien, tellement littéraire, sorti tout droit du fond de nos cours de français, de nos livres aux pages pleines d’extraits d’œuvres de notre littérature française et puis un jour, le voici qui nous explose en pleine face. C’est une étape étrange à franchir, celle de n’avoir plus de branche à laquelle se raccrocher, celle du silence des voix chéries, celle où il n’y a plus de fil conducteur dans notre histoire. On nait, on grandit, on vit dans une structure bien établie et même si nos pas d’adolescent puis d’adulte nous éloignent dans cette quête du temps, cette jouissance de l’infini et du monde qui s’ouvre à nous, on sait qu’ils sont là. Fatiguant, lassant, pénible de leurs conseils, de leurs histoires sans cesse répétées. Oui, mais ils sont là, nos parents. Et pus un jour, tout s’écroule. Parfois violement, parfois dans des longueurs de maladie, mais la chute est la même. La prise de conscience est la même. L’histoire, mon histoire a perdu ses narrateurs.

Dans notre monde numérique, où le temps semble maitriser le temps, ce simple rappel de la seule intelligence de nos vies nous éclate à la figure. Orphelin. Paumé à chercher dans les tiroirs des visages sur des vieilles photos dont on m’a dit mille fois le nom et que mille et une fois mes neurones n’ont pas enregistré l’information.  Emu à relire des vieux courriers, à décrypter l’histoire de la vie d’avant ma vie. Leurs voix résonnent encore dans ma tête. La lecture des écritures sur des vieux cahiers, sur des pots de confitures, apportent leur nostalgie. Orphelin. Pinocchio sans Gepetto. Il n’y a plus de fil qui nous rattache, nos mouvements sont libres, désordonner, mais fiers d’avoir été longtemps éduqués, et avec l’envie d’en être digne aussi et surtout. Ce ne sont pas des pages qui se tournent, c’est un livre entier. Enfoui pour l’éternité aux archives, scellé sous le marbre froid et gris d’un cimetière. Et comme des coups de poignard, des lettres, des dates, des photos en lettres dorées sur la stèle.

Là est mon histoire, celle de ma vie, celle qui m’a faite jusqu’à aujourd’hui. Parce que non, l’histoire n’est pas finie. La vie n’est pas un long ruban, elle est un arbre dont les racines sont en terre et les branches grandissent chaque jour vers le ciel à grands coups d’expériences, blessées par les coups de vents, les tempêtes, les tumultes, mais chaque blessure se pare d’une nouvelle cicatrice et d’un nouveau départ. Les branches de l’arbre regardent vers le ciel, elles ont puisé leur énergie dans les racines souterraines, s’en souviennent mais continuent de grandir la tête haute en regarder vers demain. Orphelin. Mais vivant. Apprendre, se relever, comprendre, digérer, accepter, grandir, se souvenir mais grandir encore. Ce livre est clos, d’autres pages seront à écrire, d’autres étapes, sans oublier jamais le sens de l’écriture ni les leçons apprises dans ces chapitres premiers d’un tome refermé.

Merci à mes parents d’avoir fait de moi ce que je suis et non ce que je fuis.