Le temps de Noël, c’est
l’ouverture des souvenirs. Comme des cadeaux qui s’en viennent du fond de nos
mémoires réchauffer nos cœurs et mesurer les chemins parcourus. Dans un monde
où tout va très vite, trop vite, il est bon de profiter d’une maison endormie
pour se poser dans le silence et laisser voguer nos souvenirs. La magie de l’existence
c’est aussi de ne pas en connaitre la durée. La magie de l’âge, c’est de
pouvoir mesurer les chemins parcourus. Cela passe tellement vite. Hier encore,
la table était pleine, des sourires, des rires, des saveurs, des odeurs, autant
d’étincelles de joies. Les années ont passé, les tiroirs à souvenirs étant ce
qu’ils sont, ils ne peuvent tout garder. Parfois ils enjolivent, parfois ils
oublient certains détails, parfois ils romancent, pourtant il y a toujours un
fond de vérité dans ces tiroirs-là.
De mon enfance, je
revois certains Noël, certains cadeaux, certains jouets. La table était assez
classique, la famille autour dans la petite maison. Je n’étais pas pauvre. Mes
parents l’étaient. Ils ont fait en sorte que nous ne manquions de rien. Quand
nos assiettes contenaient de la viande, les leurs contenaient des légumes, le
jardin toujours présent était un allié. L’art des conserves aussi. Nous vivions
aussi dans des époques moins tentatrices, nous n’étions pas demandeurs. Nous
allions rêver devant les vitrines et les rayons des Nouvelles Galeries ou du
grand Carrefour avec leurs sapins plus modestes qu’aujourd’hui, des automates
de cette époque-là et surtout, pour moi, un grand réseau de trains électriques
fonctionnel puisque personne n’osait en ces temps-là y toucher. De mes jouets
vedettes dans ces souvenirs, il y a bien sûr mon premier vélo, mes patins à
roulettes qui n’étaient pas encore roller, une grue en métal, des panoplies de
Zorro ou bien de motard de la police, des boites de cowboys et d’indiens en
plastique, un tir au pigeon et sa carabine à flèche, ... Je me souviens aussi
de mes briques en plastiques qui n’étaient pas des LEGO, trop cher pour la
bourse du père Noël mais qui auront été longtemps mes compagnes de jeu,
prolongement de l’imagination, concrétisation et apprentissage de constructions.
Maisons, avions, vaisseau Eagle du feuilleton Cosmos 1999…. L’ère du non
numérique, où jouer était souvent extérieur, une route dans le tas de sable et
quelques autos, ou bien un canyon creusé dans la terre pour que les Indiens
puissent attaquer ces pauvres cowboys et leur diligence. Genoux écorchés pas
les chutes en patins à roulettes, les protections n’existaient pas. Quand le
pantalon cédait un morceau de tissu au trottoir en ciment, c’était une belle
pièce de raccommodage qui venait le prolonger. Pansement sur le tissu, sans que
cela ne s’appelle patch ou autre. Oui, nous vivions simplement et heureux, tout
simplement.
Il n’y a pas de nostalgie, juste un rafraichissement à se rappeler ces moments. Cela permet aussi de se replacer dans un vrai contexte, celui du peu, celui du juste, celui du vrai. Rien d’artificiel. Un bout de bois, quelques clous, une ficelle et voilà un bateau prêt à transporter ces petits soldats à jamais figés dans leur posture. Aujourd’hui, revoir certains de ces jouets au grenier, chez les brocanteurs ou les sites d’annonces, c’est le plaisir de revenir le temps de quelques pensées en enfance. De réaliser que l’on jouait de peu et avec peu mais surtout, qu’on se construisait, qu’on se réalisait dans nos jeux, sans pile, sans électronique, sans réalité virtuelle. Etrange association que ces mots mis ensemble : réalité virtuelle. Dans nos jeux, l’intelligence n’était pas artificielle mais bien réelle, elle se développait par le jeu, par la réflexion, par l’arrêt brutal d’un « à table » impératif. Le temps de cette pause obligatoire était aussi le temps de réfléchir à se qu’on pourrait faire après. Chercher au rebut un bout de carton pour faire un pont, piquer un trancher pour couper du polystyrène qui trainait, devenir un trappeur armé de sa carabine à flèche traquant les merles dans le vaste jardin, battre son record de tour de maison en patins à roulettes, … Moments simples et heureux, mais au fond, les plus grands plaisirs ne sont-ils pas, aujourd’hui encore, les plus simples ?